Bernard STASI    





L'association Libre Esprit recevait comme invité Bernard Stasi, au théâtre municipal d'Annonay. Ancien médiateur de la République et président de la Commission chargée par Jacques Chirac d'établir le rapport baptisé de son nom. Le thème de la soirée était "laïcité, République et cohésion sociale".
Homme de débat, Bernard Stasi n'a pas voulu parler trop longtemps, préférant l'échange et la discussion au monologue. Il a tout de même pris le temps de circonscrire le sujet en posant quelques définitions et précisions utiles. D'abord sur le travail fourni par sa commission : il s'agissait pour elle d'élaborer les bases d'une loi dont l'effet serait non pas d'exclure, mais au contraire de permettre à tous de vivre ensemble dans le cadre qu'a choisi la France d'une République laïque, tolérante et accueillante mais qui doit aussi déterminer les limites à respecter par chacun pour que la liberté des uns n'empiète pas sur celle des autres.
Au-delà du thème rabattu par la presse, du port du voile à l'école, l'orateur a insisté sur l'esprit d'ouverture dans lequel a œuvré sa commission, prenant le temps d'auditionner l'ensemble des acteurs concernés : personnel enseignant et hospitalier, représentants des diverses confessions. Dans un pays de plus en plus multiculturel et multireligieux, le voile islamique, notable par son évidence et célèbre par l'intransigeance de ses adeptes n'est qu'un élément identitaire parmi d'autres, comme l'a fait remarquer un membre du public lors de son intervention. Ne devrait-on pas aussi s'interroger sur la manière dont les marchands
d'aujourd'hui transforment les vêtements des adolescents en supports publicitaires pour leurs propres marques ? Ensuite sur ce qu'est la laïcité. Ce n'est pas l'athéisme, ce n'est pas non plus le rejet du fait religieux, encore moins de la pratique religieuse. C'est une manière de permettre aux croyants comme aux athées de se côtoyer dans le respect mutuel et sans agressivité. Dans un pays laïque toutes les religions sont les bienvenues, à égalité entre elles et le droit est reconnu à chacun de pratiquer son culte dans les limites de la légalité. Mais la religion est exclue de la sphère politique. Elle relève de l'intime et du privé. Elle doit donc s'arrêter au seuil de l'école républicaine qui est l'endroit où les enfants apprennent et assimilent ce qui fait le socle de cette cohésion sociale, l'histoire et les principes de l'état républicain. Bernard Stasi a eu raison de privilégier le dialogue avec les personnes qui s'étaient déplacées pour l'entendre. Les interventions du public ont été nombreuses, certaines applaudies, d'autres fraîchement accueillies par une assistance qui a prouvé que le sujet était loin d'être épuisé. Entre les nostalgiques du port de la blouse obligatoire et les partisans d'une liberté totale pour les jeunes de leur choix vestimentaire, entre les promoteurs d'une rigueur Sarkozyenne dans l'application des principes républicains et les chantres, nettement supérieurs en nombre à la satisfaction de l'orateur, du dialogue et de l'échange, il reste encore l'espace de futurs débats passionnés et fructueux. Mentionnons pour finir, la prestation d'ouverture de Nathalie Gettliffe qui a interprété à capella deux chants révolutionnaires d'une voix que nous qualifierions volontiers de "divine", si nous ne craignions pas de contrarier par cet adjectif l'esprit laïc et républicain de la soirée.