Chrétiens d'orients, une espèce en voie de disparition ?

   

La planète entière a été le témoin des attaques en Egypte en Syrie et en Irak à l'encontre de ceux que l'on regroupe en Europe occidentale sous le nom de Chrétiens d'Orient. Coptes, maronites, syriaques, nestoriens et autres variantes de la foi chrétienne sont les descendants directs des églises d'Asie Mineure et de courants de pensée les plus vénérables . A cela il convient d'ajouter d'autres communautés non moins dangereusement visées elles aussi, au premier rang desquelles les Yezidis. Ceux-là mêmes auxquels on infligeait encore il y a peu le nom péjoratif et récusé d'adorateurs du Diable et dont le culte est proche des plus anciennes philosophies gnostiques.

Face à eux la force militaire la plus visible et la plus contestée , l'État Islamique en Syrie et au Levant se pare de l'étendard noir des Abbassides, trahissant par la même l'idée que cette puissance a eue d'elle-même, en s'affirmant comme l'une des plus brillantes cultures de l'Islam, férue de science, de culture et d'ouverture sur le monde .

Face à ces persécutés s’est dressée, une force qui choisit de croire que depuis des siècles, le temps n’est pas passé. Une force qui veut croire qu’il existe une « pureté originelle » de la foi qui peut être retrouvée en dynamitant les tombes vénérables et les lieux de prière, comme il en a été du tombeau de Jonas, le prophète de la parabole biblique de l’homme avalé par la baleine.

 Comment en est-on arrivé là ? N’avons-nous donc rien appris ?

Des Ottomans aux Français et aux Anglais, en passant par les forces des États-Unis d’Amérique du Nord, nombreuses furent les puissances « occidentales » à faire de ce berceau des civilisations humaines un terrain de jeu d’influences diverses ou il importait de diviser pour régner.

Qui se souvient encore aujourd’hui du bombardement de Damas par les troupes françaises, des arrangements autour de la délimitation des zones d’influence de l’accord Sykes-Picot, du jeu de l’Allemagne de Guillaume II et de l’Empire Ottoman, de l’émergence presque à la même époque de la Confrérie des Frères Musulmans, tout cela bien avant la nécessité affirmée de lutter contre « l’axe du mal » ?

Ceux qui aujourd’hui se mobilisent pour accueillir sur le sol européen les persécutés de cet « orient compliqué »seront-ils au demeurant en mesure de leur assurer un véritable accueil ? Quelque chose qui fait sens dans la durée et qui ne les classe pas, au bout du compte dans une catégorie particulière d’arabes même pas francophones.

Car le risque sera grand lui aussi de manquer une fois de plus à une parole de solidarité.

Il serait vain de croire que ces hommes, ces femmes et ces enfants puissent avant longtemps quitter les chemins de l’exil.

Le pays dont ils sont originaires sera appauvri, mais notre société saura-t-elle s’enrichir de leur présence ?

Rien n’est moins sûr en ces temps de repli.

Mais le temps n’est pas qu’à la dépression.

Contre le noir qui recouvre aujourd’hui bien des corps, contre cette nuit artificielle de la pensée et les nuages de la brutalité délirante, il convient de se souvenir que plus que toute autre espèce, l’humain, le petit humain surtout, est naturellement une créature empathique.

C’est une question de survie, que de croire plus que jamais, comme le faisait Anne Franck en la bonté innée de l’Homme.

Futurs amis d’Orient, aidez-nous à nous souvenir.

 

                                                                                              Libre Esprit