2015: Massacre pour une bagatelle !

   

Ca y est, la France est entrée de plain-pied dans le 21ème siècle.

Ce siècle où le religieux est omniprésent, et où pourtant il n'y a plus de sanctuaire.

Ce siècle où, comme en Irak, comme à Jérusalem, un attentat peut venir mettre fin à la phrase que vous étiez en train de prononcer aussi sûrement qu'une rupture d'anévrisme.

Douze morts dont quatre dessinateurs, un chroniqueur, deux policiers, des agents de service et des employés d'un organe de presse ont été assassinés dans les locaux du journal Charlie Hebdo, le 7 janvier.

Selon les informations communiquées, les auteurs de cette tuerie ont entendu "venger le Prophète" (Mahomet) de la publication des caricatures faites dans le journal .

Un brûlot porté sur les fonts baptismaux par les mânes et les manœuvres des anciens d'Hara Kiri, les Choron, Cavana, et Reiser, réunis aujourd'hui dans la mort à Wolinski, Cabu, Tignous, Charb et Honoré pour ne parler que des dessinateurs.

La publication avait eu ses hauts et ses bas, mais tout de même, elle restait un symbole.

 S'il y a dix ans une voyante de banlieue ou une Cassandre de téléachat avait prédit qu'un jour dans cette bande, les anciens soixante-huitards qui avaient échappé, qui, à la prison pour dette, qui, à la bastonnade, qui, à la syphilis, au sida, à l'infarctus, au cancer du foie ou du poumon, finiraient par tomber sous les balles, comme au champ d'honneur, en présence d'un policier dévolu à leur sécurité, personne ne l'aurait crue.

Et pourtant, cela a bien été le cas.

Les morts s'enchaînent, les réactions aussi, le choc est violent.

Violence d'un réveil douloureux, celui de croire que le "pas si mal" que le pays continue d'offrir à un grand nombre de ses résidents, allait suffire à combler tous les rêves et toutes les aspirations.

Violence d'un réveil douloureux de constater que non, tout n'allait pas si bien, qu'il y a de vrais problèmes, de vrais enjeux sociaux, que l'économie ce n'est pas tout et qu'un pays c'est aussi de la politique. Mais de la Politique, avec un grand "P", pas de la politique avec un petit "q". Une politique qui réfléchit à l'espace public, à la loi, à une liberté de conscience sans complaisance et une société qui met en œuvre de vraies réponses sociales au lieu de débattre de morale et de fatalité économique.

Violence du réveil de l'opiomane, ou du lotophage.

Les personnes qui vivent aujourd'hui sur le sol français vont devoir rappeler à ceux qui les représentent que les rentes de situation ne suffisent plus et que le pays, confronté à une vague de violence terroriste sans précédent comparable depuis plus de cinquante ans, va devoir se serrer les coudes, mais surtout les cerveaux.

Véritable "petit" "onze septembre" à la française, l'assassinat des personnes présentes à Charlie Hebdo et les actes qui ont suivi marquent la fin d'une rêverie qui clapotait entre bien-pensance condescendante et rêve de grandeur passé. Ils  nous obligent à ouvrir les yeux : le pays ne doit pas avoir peur, mais il se doit de réagir intelligemment. Ce qui est loin d'être évident, mais qui reste une question de survie.

Des vœux pour 2015 ?

Comme à Bagdad, Abuja ou Jérusalem: d'abord, survivre, ensuite vivre, et  enfin si possible bien vivre.

Mais cela nécessitera désormais une vigilance de tous les instants et une réflexion sur les nouveaux possibles et impossibles au sein de notre société.

Des vœux pour Libre Esprit ?

Le rester, bien entendu, plus que jamais, car c'est désormais clairement une question de survie.

 

                                                                                              Libre Esprit