FRAGMENTS ou la Renaissance de Libre Esprit

Il y a de cela bien des années, l'association Libre Esprit terminait son cycle de conférences par quelques textes de prospectives. Chacun d'eux constituait la pièce d'un puzzle, tout à la fois optimiste et pessimiste destiné à nous éclairer sur notre présent, et notre avenir. Aujourd'hui, force est de constater que la société où nous vivons garantit moins de perspectives à ses membres qu'à l'époque, et que les contours de son évolution sont de plus en plus sombres. Sur le plan social, en dépit de l'émergence des nouvelles technologies censées favoriser les contacts humains, les solidarités traditionnelles apparaissent de moins en moins efficientes. Les solidarités  institutionnelles  (sécurité sociale, Pôle emploi, retraites...), connaissent elles aussi et globalement une remise en cause profonde et durable de leur missions et de leurs moyens. Le pays apparaît comme constitué d'entités sociales rivales et irréconciliables. La société semble en voie de  communautarisation radicale crevassée par des fractures d'origine religieuse, ethnique ou simplement financières empêchant tout contact réel entre individus. Sur le plan économique la situation n'est guère plus réjouissante. Certes le projet européen a permis une meilleur intégration de l'économie française à celle du continent. Mais à quel prix ! Le modèle productif dominant étant sous-tendu par une logique de rentabilité au plus court terme et par une volonté de contrôle des marchés et des territoires sans concurrence possible (somme toute en un mot une logique mafieuse !), les plans sociaux ne cessent de se multiplier, laissant une masse de salariés d'âge intermédiaire dans de graves difficultés. Cela sans parler des investissements à ce point pharaoniques de certains groupes qui semblent tout à fait incontrôlables par qui que ce soit. Enfin reste l'angle d'attaque politique. Et là, il faut bien le dire c'est la catastrophe. Le séisme de la dernière élection présidentielle semble volontairement oublié par tous les représentants de la gauche et de la droite traditionnelle. En un mot, de cela on n'en parle plus, c'est fini. Ce danger est enterré dans le discours des politiciens traditionnels que l'on peut qualifier de politiciens d'habitude ( comme on parle de délinquants d'habitude). Bien entendu il n'en est rien. En dépit des mesures sécuritaires mise en oeuvre, une distorsion profonde continue d'exister entre la vision du pays relayée par les médias, et la réalité vécue au quotidien. Les partis politiques et les centrales syndicales connaissent aujourd'hui le chemin traversé par l'Eglise catholique d'hier. Incapables de se rapprocher de leurs bases, débordées par des courants utopistes, et sans modèle de vie en commun à proposer, les traditionnelles structures d'expression démocratique sont en panne. Hé bien ! me direz-vous, ces années passées depuis nos dernières rencontres ne nous ont pas vraiment rendu jovial ! Non, en effet, le présent est travaillé de lourdes menaces, lesquelles, en d'autre temps, auraient jeté les germes d'une véritable guerre civile. Pour autant, il ne faut pas désespérer. Quelques cellules, mises en cultures peuvent après une réimplantation judicieuse permettre à un grand brûlé de retrouver au bout du compte un épiderme. Le simple fait que vous lisiez ces mots montre qu'il reste des foyers de cellules en culture autour de nous ! De nouveaux modes de communication, de consommation, de nouveaux modèles en un mot émergent sans cesse sous nos yeux. Fragiles et limités aujourd'hui, ils pourront constituer demain la colonne vertébrale d'une nouvelle société. Il ne faut jamais sous estimer la puissance des fragments. Espérons simplement que d'ici là les anciennes structures tiennent encore un peu le coup...


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