André AVRAMESCO     





SAVOIR ET POUVOIR

Seizième invité de l'association Libre Esprit, André Avramesco a, l'espace d'une soirée magistralement animé la conférence-débat qui lui était consacrée. "La lutte à laquelle je crois, est la lutte contre le pouvoir " s'il ne devait rester qu'une phrase parmi les propos tenus mardi soir par André Avramesco se serait sans doute celle là. Ce philosophe peu connu du grand public cache (pas longtemps) sous un look bon chic bon genre un homme à la pensée vive et à la verve facile qui ne mâche pas ses mots. Ce dernier point lui valut d'ailleurs pendant trente ans d'être écarté des médias. Les réflexions et les révélations d'Avramesco seraient-elles aussi subversives que veut bien le laisser croire une telle censure ? Pour en avoir définitivement le cœur net deux solutions s'offrent à nous aujourd'hui. Lire le tout premier ouvrage, publié de ce jeune auteur de 55 ans intitulé Savoir et Pouvoir, ou mieux encore venir écouter et le questionner lors d'une de ses conférences. Bien que le livre contienne des réflexions plus approfondies Avramesco mérite avant tout d'être écouté. Il est passionné et passionnant, démonstratif, imaginé parfois cru mais il a toujours cette farouche volonté de disséquer les situations avec un scalpel acerbe. Gallilé : un savant génial. D'entrée, il plante le décor, arpentant la scène du théâtre, il se lance dans une première démonstration argumentée d'exemples. De l'affirmation " la terre est ronde ", il enchaîne sur des notions philosophiques et s'empresse d'enfourcher un de ses chevaux de bataille, les découvertes et le procès de Gallilé. Cet homme matérialise parfaitement à ses yeux la lutte entre le savoir et le pouvoir. Galilée savant génial représente le savoir qui a été victime d'un pouvoir désireux de priver le plus grand nombre de ses immenses découvertes et cela dans le seul but de perpétuer une domination sans partage. La lutte entre le savoir et le pouvoir est une constante dans l'histoire, les civilisations grecques, musulmanes ou autre n'ont pas échappé à cet antagonisme. Qu'il soit politique, religieux ou scientifique le pouvoir a invariablement pris le dessus dans cette lutte de toujours. De nos jours encore Avramesco démontre par de nombreux exemples que rien n'a changé. Grâce à l'appui des techniques le pouvoir assoit sa domination. Le savoir est offert au compte goutte, bien souvent dilué " on fait croire des choses en aseptisant l'essentiel " nous dit-il . Ou encore en le rendant plus compréhensible, il critique alors avec virulence les mathématiques modernes qui sont à ses yeux un exemple où l'on a compliqué un savoir pour en limiter la dispersion. Modifier les rapports sociaux. Il enchaîne ensuite sur une longue parenthèse consacrée à A. Einstein, le présentant comme quelqu'un qui à de nombreuses reprises fait état de sa prise de conscience que les découvertes scientifiques étaient trop souvent utilisées à des fins détournées de leur but initial. La robotisation censée éviter les travaux pénibles est bien vite devenue un moyen de modifier les rapports sociaux entre patrons et employés. Ce clivage s'est si bien opéré qu'aujourd'hui notre siècle est le premier à connaître une absence de contre pouvoir, quand on sait l'attachement qu'il porte à cette notion on comprend mieux la virulence de certains de ses propos. Durant toute la soirée, il s'est évertué à démontrer les rouages de la relation et de la domination. N'hésitant pas à répondre aux très nombreuses questions, il a obtenu ce qu'il souhaitait au départ : ne laisser personne insensible. Même si certains propos sont parfois apparus un peu forts on comprend qu'après de longues années de silence il manque de modération.